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Accompagnement stratégique en développement humain

Votre corps est votre intuition !

Frédéric Theismann
1 juin 2026

J’adore ces recherches qui bouscule nos références. Imaginez que votre corps « sait » qu'une émotion forte ou qu’un évènement va survenir — quelques secondes avant de se produire. 


C'est ce que documente une publication parue dans Frontiers in Human Neuroscience (Mossbridge, Tressoldi, Utts, Ives, Radin & Jonas, 2014). Les auteurs y synthétisent un phénomène intrigant qu'ils nomment Predictive Anticipatory Activity (PAA) : des variations physiologiques mesurables — fréquence cardiaque, conductivité de la peau, dilatation pupillaire, activité EEG — qui apparaissent avant un stimulus émotionnel imprévisible, et qui sont différentes de celles précédant un stimulus neutre.


 Trois mots clés, pour bien comprendre : 


  • Predictive — les variations physiologiques distinguent les stimuli à venir.

  • Anticipatory — elles surviennent avant l'événement.

  • Activity — elles s'observent dans le cœur, la peau, la respiration, le système nerveux.


Ce que dit la science

Le résultat n'est pas anecdotique. Une méta-analyse antérieure (Mossbridge et al., 2012) a compilé 26 études, issues de 7 laboratoires indépendants, étalées sur près de quatre décennies. Le verdict statistique est robuste. 


Les auteurs ont examiné, une à une, les principales objections méthodologiques — biais d'attente, artefacts physiologiques, sélection des données, hypothèses alternatives — et les ont écartées. La conclusion qu'ils défendent est sobre mais bouleversante : dans une fenêtre de 1 à 10 secondes, le corps perçoit des informations que la conscience n'a pas encore reçues. Comme un « preview » de ce qui s'apprête à émerger dans notre conscience.


Notre 6ème sens existe bel et bien. 


Ce que cela change

Avant qu'une réunion ne dérape, le corps le sent. Avant qu'une décision ne soit la bonne, quelque chose en nous le sait. Avant qu'un collaborateur ne décroche, un signal nous parvient — mais notre tête est souvent trop occupée pour l'entendre.


Daniel Kahneman parlait du « système 1 », ce traitement inconscient plus rapide que le raisonnement. Les auteurs de l'article vont plus loin : ce traitement inconscient s'enracine dans le corps lui-même. Le cœur, la peau, la respiration sont des capteurs — des instruments de précision dont nous avons largement désappris à lire les signaux.


En quoi cela peut nous aider ?

Ambiguïté, complexité, incertitude … vous connaissez ? Développer sa capacité à percevoir, à décider et à agir avec justesse sera déjà d’une grande aide, dans tous les domaines de la vie. Au-delà de ça, il y a aussi la capacité à percevoir plus consciemment les signaux faibles. Plus de 75% des problèmes dans les organisations sont des problèmes humains, de jeux d’ego ou relationnels. Votre corps, et en particulier votre coeur, vous indiquent lorsque quelqu’un ment ou parle avec authenticité. Ils vous disent aussi, indépendamment des signaux objectifs, lorsqu’une négociation est bien ou mal engagée, etc.


Savoir écouter ce que le corps et le coeur signalent avant que la tête n'ait formulé la pensée enrichira votre vision. Le bruit cognitif et l'urgence permanente couvrent les signaux faibles qui font, souvent, toute la différence dans les moments critiques.


Comment développer cette compétence ?

La cohérence cardiaque, la respiration consciente, le travail sur la présence corporelle ne sont pas des « petits plus » de bien-être en entreprise. Ce sont des outils de précision pour augmenter sa capacité à percevoir. Plus vous êtes dans un état de sérénité, avec un cerveau clair et un coeur apaisé, plus vous devenez capables de percevoir les signaux du corps et du coeur. 


À mesure que l'IA absorbera l'analyse, le calcul, la synthèse, ce qui restera précieux chez les managers et dirigeants sera de plus en plus ce que la machine ne peut pas faire : sentir un système humain en temps réel, capter ce qui n'est pas dit, anticiper ce qui se prépare.


Cette compétence-là se développe en réapprenant à habiter son corps — et à lui faire confiance comme à un instrument. 


Et si la prochaine grande compétence du leadership, c'était précisément cela : redevenir sensible ?



Source : Mossbridge, J., Tressoldi, P., Utts, J., Ives, J. A., Radin, D. & Jonas, W. B. (2014). « Predicting the unpredictable: critical analysis and practical implications of predictive anticipatory activity ». Frontiers in Human Neuroscience, 8:146. DOI : 10.3389/fnhum.2014.00146 

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